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Paru le 20 juin 2025 sur le groupe facebook "Racines et Patrimoine en Avesnois".
FORT DE SECLIN LE 20 JUIN 1944
Le 20 juin 1944 étaient fusillés, au fort de Seclin, 14 Résistants du groupe de Jeumont.
Vous pouvez lire l'article paru l'an dernier sur le web associatif, onglet "histoire locale". Un article complet est paru dans notre livre "La Résistance en Avesnois" disponible auprès de l'association.
À l'occasion du 81e anniversaire, je partage l'histoire d'un des membres du groupe, Jean DEQUENNE.br>
Il est né le 17 juin 1920 à Hestrud. Il avait épousé Raymonde Brugneaux le 15 novembre 1941.
Ouvrier chez Beaume-Marpent, il habitait 4 rue de l'Eglise à Colleret, la maison voisine de celle de ses beaux-parents.
Après l'affaire du pont de chemin de fer à Rousies, il était recherché, m'explique Jean Brugneaux son beau-frère. Il me confie avec une grande émotion : "Jean
s'était réfugié dans sa famille à Cousolre. Quelques temps plus tard, un message lui est transmis, lui indiquant qu'il pouvait rentrer chez lui,
tout risque étant écarté. Un matin, à 4 heures, les Allemands vinrent arrêter Jean à son domicile ... Après sa mort, ma sœur s'est engagée dans la
résistance pour venger son mari ...".
« Cellule 16 », l'ouvrage de Robert Lefebvre, aumônier à Cambrai et ancien détenu à la prison de Loos jusqu'au 8 juin, évoque les derniers instants de Jean.
Voici un extrait :
".... Ainsi en deux jours, de façon inattendue et mystérieuse, deux de nos Camarades nous ont quittés !
Le vide se comble en partie. En jetant un coup d’œil dans le hall au moment de la distribution de la soupe, nous avons aperçu une escouade de nouveaux. Nous pouvons escompter que l'un d'eux sera mis chez nous.
Notre prévision se réalise.
Un jeune marié de 23 ans nous est jeté en pâture. Jean le terroriste fait partie d'une bande de 18 Avesnois qui ont à leur actif maints sabotages et quelques déraillements. Jean, dont le casier judiciaire est si chargé, ne nous épouvante cependant pas. Jean est d'humeur pacifique... Comment a-t-il pu. ?
« Comment en un vil plomb l'or pur s'est-il changé ? »
Terroristes ! Quelle équivoque a-t-on jeté sur vos intentions et sur vos actes ? Comment a-t-on pu officiellement vous assimiler à des bandits ? Nous savons, nous, que vous n'étiez ni des voleurs ni des criminels ; non seulement vous réprouviez les assassinats, que les journaux à la solde d'Hitler vous attribuaient, mais même vous alliez faire le guet pour arrêter les vrais gangsters coupables
de ces odieux forfaits. Comment donc a-t-on pu armer une milice soi-disant française pour vous traquer et vous faire subir les pires tourments, ou encore, ce qui est impardonnable, pour vous livrer à la police allemande, comme ce fut le cas pour Jean le Boulonnais qui fut arrêté
par des collègues ?
F.T.P. et autres vétérans de la Résistance, vous surtout dont j'ai déchiffré les inscriptions sur les murs de nos courettes :
« Paul X. .. F.T.P., condamné à mort le 10-3-44 »
« Jacques... demande d'avertir sa femme... »
Ma plume voudrait vous rendre justice et vous venger, vous venger non pas tant de votre bourreau l'ennemi qui se défendait que de ceux de vos compatriotes qui, de gaieté de cœur, se sont avilis en devenant vos tortionnaires !
Jean était jociste... Son seul regret aujourd'hui est d'être réduit à l'impuissance à l'heure où le grand soulèvement national semble proche...
— Je ne serai pas là pour le grand coup, gémit-il !
Il a été battu à la Gestapo de Maubeuge ; rebattu à Valenciennes. On lui a ensuite proposé de dénoncer ses chefs. Il a rusé ; il s'est fait conduire dans la région de Jeumont où il n'a indiqué que des maisons... vides...
Lui et sa bande ont été suspendus avec leurs menottes.
Certains d'entre eux, par leurs pieds, têtes en bas.
Il a pris part à trois déraillements. Son meilleur souvenir c'est la démolition de deux pylones à haute tension.
Il nous décrit la scène. Une certaine poésie n'en est d'ailleurs pas absente.
— Quand nous eûmes attaché les pétards, nous nous mîmes à courir à toutes jambes à travers champs. De notre poste d'observation nous pûmes apercevoir dans la nuit obscure un immense éclair bleu-orange vraiment magnifique lorsque se produisit le gigantesque court-circuit.
C'était un spectacle de toute beauté.
Jean rentra cette nuit-là au domicile conjugal, l'air le plus innocent du monde, sa femme ignorant les étranges occupations de son mari qu'elle croyait naïvement astreint à des heures supplémentaires.
Si Jean a du courage et de l'humour, il ne manque pas non plus de poux. Poux qu'il a hérités dans l'infecte promiscuité de la prison de Valenciennes où il a d'abord passé une semaine. Ces poux nous inquiètent. La guerre leur est déclarée et de temps en temps on perçoit un éclatement ! Les audites bestioles ont beau se retrancher dans les ourlets et les doublures, les yeux investigateurs
de Zeph les y découvrent aussitôt et aussitôt Jean-le-Terroriste les écrase sans pitié. Deux jours de lutte acharnée, les totos sont vaincus...
Sur une liste publiée ces jours derniers par les journaux j'ai relevé le nom de Jean DEQUENNE, autrement appelé Jean-le-Terroriste, fusillé à 23 ans par les Allemands au fort de Seclin, une douzaine de jours après que je l'eus quitté à la cellule 47. Son corps a été retrouvé ; il repose
aujourd'hui dans le petit cimetière d'Hestrud, dans l'Avesnois.
Je lui apporte en dernière ligne l'ultime témoignage de mon amitié, de mon admiration et de ma reconnaissance".
Les funérailles de Jean Dequenne seront célébrées en l'église de Colleret. Elles sont suivis de l'inhumation au cimetière d'Hestrud.
En septembre 1945, le conseil municipal de Colleret décidera d'attribuer à la rue de l'église la nouvelle appellation "rue Jean Dequene".
Paru le 20 juin 2024 sur le groupe facebook "Racines et Patrimoine en Avesnois".
FORT DE SECLIN LE 20 JUIN 1944
Il y a 80 ans aujourd'hui étaient fusillés à Seclin 14 résistants du groupe Douaumont de Jeumont.
Les faits : le 16 février 1944, près du pont du chemin de fer rue d'Assevent à Rousies, au lieu-dit « les Bons Pères », le groupe F.T.P.F. du secteur 5 se
prépare au sabotage de la voie ferrée au passage d'un train de transport allemand.
Les forces allemandes avaient tendu une embuscade.
Le chef de peloton Liénard Aimable et son adjoint Duflos Robert réussirent à traverser les Allemands sans coup férir, mais ne purent prévenir, en raison de
l'obscurité, Druart Maurice, chef de détachement, qui emmenant le groupe de tête se trouva bloqué par les forces Allemandes, mais pu néanmoins se dégager grâce
à l'arrivée et à l'intervention du second groupe commandé par Venet Jean. Il s'en suivit un engagement au cours duquel ce groupe couvrit la retraite du 1e
et 3e groupe. Un Allemand y trouva la mort, un autre fut blessé, trois F.T.P.F. furent prisonniers dont un blessé à la tête : Olivier Claude (Jeumont) et
Delmotte Georges (Marpent), blessé Defresnes Charles-René (Jeumont).
Venet Jean, chef du second groupe, eut un pied fracassé, réussissant néanmoins à gagner la maison de Mme Gordien.
Suite à ces événements furent arrêtés les F.T.P.F. dont les noms suivent :
Liénard Aimable(Lameries), Druart Maurice(Recquignies), Moronval Adrien Paul (Boussois), RonvalPaul Emile (Recquignies), ChimotEugène (Boussois),
Dequene Jean Maurice (Colleret), QuinzinGaston, père, et Quinzin André, fils (Jeumont), Guerlot André (Jeumont), Laoubi Ali-Marcel (Jeumont),
Guiet André (Jeumont).
Furent également arrêtés Caperon, Guiet frère, Chimot frère. A noter que ceux-ci furent relâchés après quelques mois de détention par manque de preuve.
Les quatorze résistants furent fusillés au fort de Seclin le 20 juin 1944, après avoir été torturés au siège de la SIPO. Restait comme survivants de cette
embuscade, Venet Jean, de Jeumont, Vanbalingen, de Marpent, Duflos, de Lameries.
Emile Picheny raconte : « ... C'est par le frère Guiet, qui fut relâché ensuite, que nous apprîmes les sévices subis. Liénard, lors de l'interrogatoire,
avait craché sur un Allemand qui le malmenait et le traitait de terroriste.
Il y eut 14 fusillés au fort de Seclin le 20 juin 1944. Ils furent retrouvés après la libération. Liénard portait encore un bandeau sur les yeux.
Avec lui mourait Druart Maurice, qui avait déjà été blessé lors de l'attaque du poste de douane d'Anor le 6 octobre 1943, à environ 40 kilomètres de chez lui.
Nous avons fait une enquête à la libération et un allemand, Dienst August, ex employé de la police ferroviaire allemande, fut appréhendé ».
L’exhumation eut lieu le 21 septembre 1944, en présence des familles, à qui il était demandé de reconnaître les corps qui avaient était recouverts de chaux t
rois mois plus tôt. Les familles resteront marquées à jamais.
Pour plus d'informations, voir le livre « Résistance dans l'arrondissement d'Avesnes » édité par l'association, disponible lors d'une permanence chaque mercredi
de 16h à 18h.
Ci dessous, les corps des résistants et leurs familles. (Photo d'archive : Marc Beaussart).